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Présentation

Lorsque l’on parle de violence de nos jours, le mot est entendu dans son sens négatif. Mais il ne faut pas oublier qu’il existe, chez l’être humain, une certaine violence force de vie qui fait progresser, d’où l’expression “se faire violence”. Il faudrait réussir, chez les jeunes, à transformer la violence négative, destructrice d’eux-mêmes et de la société, en une énergie positive capable de les amener à se faire violence.

Le mot violence est également associé à celui de délinquance.
Le nombre d’actes antisociaux commis par les jeunes va croissant dans la plupart des pays. Cette délinquance touche surtout les adolescents, mais l’on constate depuis quelques années un rajeunissement de la tranche d’âge en cause. Cette évolution est d’autant plus inquiétante que plus l’on commence tôt, moins on intègre les repères et plus la personnalité est altérée de façon durable.

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Samedi 27 août 2011 6 27 /08 /Août /2011 15:34

 

Le Figaro magazine, le 26-08-2011.

Ce que nos enfants n'apprennent plus au collège

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778 : Roland sonnant du cor, à la bataille de Roncevaux, où les Sarrasins ont battu l'armée franque. A son côté, son épée Durandal. L'épisode a peu à voir avec la réalité historique, mais il a nourri l'imaginaire français. (Rossignol/Editions Hoebeke)


Le saviez-vous ? Clovis, Saint Louis ou François I er , mais aussi Henri IV, Louis XIV ou Napoléon ne sont plus étudiés dans les collèges français ! Rayés des programmes ou relégués en option. Raison invoquée par l'Education nationale: il faut consacrer du temps, entre la sixième et la cinquième, à «l'enseignement des civilisations extra-européennes», de l'empire du Mali à la Chine des Hans. C'est ce scandale pédagogique et culturel que dénonce l'historien Dimitri Casali dans son salutaire Altermanuel d'histoire de France (Perrin), dont Le Figaro Magazine publie des extraits. Superbement illustré, l'ouvrage se présente comme un complément idéal aux manuels scolaires recommandés (ou imposés) par les professeurs de collège. Qui fixe les programmes scolaires en histoire ? L'enquête du Figaro Magazine montre que la question engage l'avenir de notre société.

Clovis, Charles Martel, Hugues Capet, Louis IX, dit Saint Louis, François Ier, Louis XIII ont disparu des instructions officielles de sixième et de cinquième. Le programme de sixième passe sans transition de l'Empire romain au IIIe siècle à l'empire de Charlemagne, soit une impasse de six siècles. Les migrations des IVe et Ve siècles (les fameuses «invasions barbares»), pourtant fondamentales dans l'histoire de l'Europe, ne sont plus évoquées.

Ces absences sont incompréhensibles. Comment comprendre la naissance du royaume de France sans évoquer Clovis ? Comment mesurer «l'émergence de l'Etat en France » sans appréhender le règne de Louis IX ? La Renaissance sans connaître François Ier ? «L'affirmation de l'Etat » sans expliquer Louis XIII et Richelieu ? Tous les historiens s'accordent sur l'importance de ces personnages et de leur œuvre, non seulement politique, mais aussi économique et culturelle.

Le règne de Louis XIV est quant à lui relégué à la fin d'un programme de cinquième qui s'étend sur plus de mille ans d'Histoire. Faire étudier aux élèves en fin d'année scolaire cette longue période (1643-1715) tient de la mission impossible, sachant que les enseignants peinent à boucler des programmes surchargés. Ce règne est de plus noyé dans un thème « L'émergence du "roi absolu" » qui s'étend du début du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle. C'est ainsi tout un pan de l'histoire de France qui risque d'être partiellement ou - au pire - pas du tout traité. Le règne de Louis XIV est pourtant décisif, tant dans l'affirmation du « pouvoir absolu » que dans le rayonnement de la civilisation française, en France et à l'étranger, à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. Le Brun, Le Nôtre, Hardouin-Mansart, Lully, La Fontaine, Corneille... Autant d'artistes et d'écrivains qui risquent de n'être jamais évoqués dans les classes.

A côté des «oubliés» et des «relégués» des programmes, il y a les « optionnels »... L'une des originalités des nouveaux programmes réside en effet dans le système des options, censé permettre à l'enseignant de construire son propre parcours pédagogique. Si cette démarche est intéressante, elle n'en montre pas moins rapidement ses limites... Ainsi, dans le thème 1 («Les bouleversements culturels et intellectuels») de la partie IV («Vers la modernité») du programme de cinquième, les enseignants doivent faire étudier «la vie et l'œuvre d'un artiste ou d'un mécène de la Renaissance ou un lieu et ses œuvres d'art». Ils pourront donc enseigner, par exemple, Léonard de Vinci ou Laurent de Médicis ou la chapelle Sixtine, mais pas les trois. Dans le thème 2 («L'émergence du "roi absolu"») de la partie IV, ils doivent choisir un règne entre le XVIe siècle et 1715. François Ier, Henri IV, Louis XIII ou Louis XIV. Le choix est impossible.

Parmi ces périodes optionnelles figure le premier Empire (1804-1815). En classe de quatrième, dans le seul chapitre consacré à la Révolution et l'Empire, « La fondation d'une France moderne », l'étude doit être menée à travers un sujet donné. Il y a cinq propositions, dont trois excluent totalement la période impériale:

- Invention de la vie politique ;

- Le peuple dans la Révolution ;

- La Révolution et les femmes ;

- La Révolution, l'Empire et les religions ;

- La Révolution, l'Empire et la guerre.

Bref, le premier Empire ne donnera lieu, au mieux, qu'à un éclairage thématique. Dans trois cas sur cinq, il ne sera pas étudié ! Ajoutons que cette période a disparu du nouveau programme de seconde.

A-t-on peur des grands personnages ?


Elevé sur le pavois par ses soldats, comme le veut la coutume, Clovis est reconnu roi des Francs, à Tournai, en 481. Agé de 15 ans, il est alors maître de toute la Gaule. (Editions Hoebeke)

Clovis, Louis IX, François Ier, Louis XIII, Louis XIV, Napoléon Ier... La disparition ou l'amenuisement de ces souverains et de leur règne laisseraient-ils penser qu'ils n'ont plus de réalité historique ? Leur importance n'est pourtant pas remise en cause par les historiens. Comment expliquer alors « l'optionnalisation » du premier Empire en quatrième et sa disparition en seconde? S'agirait-il de gommer un régime jugé trop autoritaire, trop militariste et trop expansionniste? De même, Clovis et Louis IX, dit Saint Louis, seraient-ils devenus trop politiquement «connotés» pour être cités dans les instructions officielles ? La même question peut être posée concernant la relégation du règne de Louis XIV en fin de programme de cinquième. Pourquoi faire disparaître ou réduire des règnes notamment caractérisés par le rayonnement de la France à l'étranger ? Il est à craindre que la règle du « politiquement correct » ait été appliquée aux programmes, conception moralisatrice de l'enseignement qui tient de la manipulation de l'Histoire.

Faire étudier aux élèves Clovis, François Ier ou Napoléon Ier n'a pourtant rien de réactionnaire en soi. Il ne s'agit bien évidemment pas d'en revenir à une lecture hagiographique, providentielle, épique, patriotique ou dogmatique des « grands personnages », que des générations d'historiens ont bien heureusement remise en cause et déconstruite. Au contraire, il faut présenter aux élèves la complexité de ces hommes, inscrits dans leur époque, sans anachronisme, ni tabou, ni mythologie, et à la lumière des dernières recherches historiques. C'est justement l'étude de leur vie, de leurs actions, de leurs œuvres, de leurs façons de concevoir le monde qui les débarrassera des clichés, des stéréotypes et des images d'Epinal. L'Histoire est toujours la meilleure réponse au mythe. Ces personnages ont aussi une valeur pédagogique car ils permettent d'humaniser une Histoire souvent désincarnée, et sont susceptibles de susciter chez les enfants une véritable émotion, assez proche de celle ressentie lors d'un spectacle.

Ce ne sont pas seulement des personnages historiques, des périodes et des règnes majeurs qui sont écartés, réduits à la portion congrue ou devenus optionnels. Des textes fondateurs, des traités et des lois décisives sont tout simplement passés à la trappe : le serment de Strasbourg (842), l'un des plus anciens textes en langue romane, le lointain ancêtre du français ; le partage de Verdun (843), qui dessine une nouvelle carte de l'Europe d'où sont issus les Etats européens ; l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), qui impose l'usage du français dans l'administration à la place du latin, constituant ainsi une étape clé dans l'unification du royaume de France. La relégation du règne de Louis XIV en fin de programme de cinquième rend extrêmement difficile sinon impossible l'étude de la révocation de l'édit de Nantes (1685), qui marque l'interdiction du protestantisme en France et entraîne l'exil de plus de 250.000 protestants. L'histoire des arts n'est pas épargnée. Le précédent programme de quatrième prévoyait l'étude d'extraits du Bourgeois gentilhomme (1670), des Châtiments (1853) et des Misérables (1862), permettant d'inscrire Molière et Victor Hugo dans leur époque, de mesurer l'importance historique de leur œuvre et de faire prendre conscience aux élèves de leur génie littéraire. Or, les deux plus grands auteurs de la littérature française ont disparu des nouveaux programmes...

Le risque du «zapping» historique

Les instructions officielles imposent l'étude de plusieurs civilisations extra-européennes à certaines périodes:

Au choix, «la Chine des Hans à son apogée», c'est-à-dire sous le règne de l'empereur Wu (140-87 avant J.-C.), ou «l'Inde classique aux IVe et Ve siècles», au sein de la partie « Regards sur des mondes lointains » représentant 10 % du temps consacré à l'Histoire de la classe de sixième  - Au choix, l'empire du Ghana (VIIIe-XIIe siècles), l'empire du Mali (XIIIe-XIVe siècles), l'empire Songhaï (XIIe-XVIe siècles) ou le Monomotapa (XVe-XVIe siècles), au sein de la partie « Regards sur l'Afrique » représentant 10 % du temps consacré à l'Histoire de la classe de cinquième. Cette partie comprend l'étude de la naissance et du développement des traites négrières (traites orientales et internes à l'Afrique noire).

La connaissance des histoires de la Chine, de l'Inde ou de l'Afrique est importante et passionnante, notamment à l'heure de la mondialisation. Cependant, force est de constater que, mathématiquement, ces nouvelles thématiques s'intègrent dans les programmes aux dépens de parties capitales de l'histoire de France ou de l'Europe. Il ne s'agit pas, bien sûr, d'établir une quelconque hiérarchie aberrante entre les civilisations: le règne de Louis XIV (1643-1715) n'est ni supérieur ni inférieur à celui de Kankou Moussa, roi du Mali de 1312 à 1332. Il faut tout simplement parvenir à un bon équilibre entre l'étude de l'histoire de France et celle des civilisations extra-européennes.

Le contraste est saisissant avec le nouveau programme de seconde qui est, quant à lui, marqué par un européocentrisme caricatural. Le monde n'y est en effet perçu qu'à l'aune de l'Europe : « Les Européens dans le peuplement de la Terre », « Nouveaux horizons géographiques et culturels des Européens à l'époque moderne »... L'ancienne partie consacrée à « La Méditerranée au XIIe siècle: carrefour de trois civilisations », qui permettait de mesurer les échanges, les contacts (pacifiques et conflictuels) et les influences entre l'Occident chrétien, l'Empire byzantin et le monde musulman a disparu, au profit d'une lecture strictement européenne du Moyen Age. Il aurait bien mieux valu prioriser en collège l'étude de l'histoire du bassin méditerranéen, de la France et de l'Europe pour approfondir au lycée l'étude des civilisations extra-européennes en leur consacrant une vraie place dans les programmes, bien loin du « zapping » proposé en cinquième.

La place des traites négrières dans les programmes de collège soulève un autre questionnement. Elles sont mentionnées cinq fois dans le seul encadré du programme consacré à la partie « Regards sur l'Afrique », avant de donner lieu à un thème du programme de quatrième, « Les traites négrières et l'esclavage », puis à une étude de l'abolition de l'esclavage en France en 1848 dans le thème 2. Il aurait probablement mieux valu resserrer l'étude des différentes traites négrières sans, bien entendu, dénaturer cette réalité historique fondamentale.

L'histoire de France facilite l'intégration

L'argument souvent utilisé selon lequel ces nouveaux programmes ont notamment été conçus pour épouser la diversité culturelle des élèves est contestable. Ce raisonnement risquerait d'aboutir à un éparpillement des thèmes et des champs d'étude, rendant encore plus difficile l'assimilation des connaissances. Pourquoi ne pas considérer que les élèves, quelle que soit leur origine, sont français et, à ce titre, ont droit à l'histoire de France la plus complète ? Il serait ainsi particulièrement intéressant d'intégrer dans les programmes des séquences de cours sur l'histoire de l'immigration en France et en Europe, du Moyen Age à nos jours. Pourquoi ne pas proposer des dossiers consacrés à ces immigrés qui ont fait la France, qu'ils soient des anonymes ou des « grands personnages » ? Selon une enquête de l'Ined (rapport « Trajectoires et origines », 2010), bien que de nationalité française, 37 % des jeunes d'origine étrangère ne se sentent pas français. Pour épouser la diversité culturelle des élèves, rien ne vaut l'histoire de France... Les parcours de Blaise Diagne, premier ressortissant d'Afrique noire à devenir ministre, ou de Romain Gary (Roman Kacew de son vrai nom) sont, à ce titre, exemplaires. « Je n'ai pas une goutte de sang français dans mes veines mais la France coule dans mes veines », aimait à rappeler ce dernier. En étudiant les Guyanais Félix Eboué et Gaston Monnerville, premier homme noir à devenir président du Sénat, on peut montrer toute l'importance de l'Outre-Mer dans l'histoire de France. La culture est la base de notre société et cette culture est notamment fondée sur la connaissance de l'histoire du pays où l'on vit, quelle que soit son origine géographique. Comme dit l'adage, on ne comprend que ce que l'on connaît. L'Histoire est une garantie d'intégration, car elle est un moyen d'accéder aux modes de compréhension de notre société.

Rétrograde, la chronologie ?

La disparition de dates et de périodes capitales de l'histoire de France ainsi que le système des options aboutissent à une Histoire à trous, lacunaire, atomisée, qui rend beaucoup plus difficile l'assimilation par les élèves de la chronologie, cette juste représentation de la profondeur historique. Le nouveau programme de première est à ce titre édifiant. Il repose sur un système de modules non pas chronologiques mais thématiques, qui peuvent être disposés dans n'importe quel ordre: « La guerre au XXe siècle » ; « Le siècle des totalitarismes »; « Les Français et la République »... Avec ce système, il devient beaucoup plus difficile d'expliquer le rôle déterminant de la Première Guerre mondiale dans la genèse des totalitarismes, ou même le rôle du totalitarisme nazi dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. La chronologie serait-elle devenue démodée ? Un comble, car l'Histoire est comme une langue dont la chronologie est la grammaire. Sans elle, notre connaissance du passé est vouée à l'anachronisme, cette incapacité d'inscrire un événement ou un personnage dans son contexte. Sans elle, nous sommes voués à l'amnésie... ».

 

Les Français issus d'une immigration récente se plaignent d'être constamment renvoyés à leurs origines et on s'obstine à ne pas leur faire partager notre histoire commune ! Que l'on soit français depuis 20 générations ou 1, notre histoire reste notre histoire et Clovis un de nos ancêtres !

 

Patrice HUIBAN.

Par Patrice HUIBAN
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Samedi 2 juillet 2011 6 02 /07 /Juil /2011 23:55

 

Le Télégramme, 27-06-2011.

 

Citoyenneté. Le retour du «service» ?

 

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Juin 2001: le dernier appelé rend son fusil. Dix ans après sa suppression, la question de remettre en place un service national obligatoire refait encore surface régulièrement. Pour ses vertus d'école de la citoyenneté et de mixité sociale.

 

«À l'époque, j'avais attiré l'attention de Jospin sur le fait que des jeunes allaient pouvoir arriver à l'âge adulte sans avoir rencontré une seule fois une forme d'autorité dans leur vie, du fait, notamment de la démission des parents», confie Gilbert Le Bris, député finistérien, membre de la commission de la Défense.

 

«Creuset républicain»

 

À l'automne 2005, la crise dans les banlieues relance le débat. La journée d'appel et de préparation à la défense (JAPD) est instituée pour tous les jeunes garçons et filles. Insuffisant, toutefois, dit-on, pour remplacer l'ex-service, «creuset républicain», par excellence, outil de brassage social et d'apprentissage de la vie en communauté. «Il faudrait au moins allonger la JAPD - aujourd'hui journée de défense et de citoyenneté - à trois jours», suggère Gilbert Le Bris, tout en soulignant la pertinence d'un service civique de plus longue durée. «Mais, concrètement, je ne vois pas comment on pourrait assurer l'encadrement de 700.000 jeunes aujourd'hui». En tout cas, pas par les militaires, désormais en nombre réduit et professionnels. De toute façon, la pilule aurait du mal à passer auprès des jeunes: «L'époque n'étant plus au temps où tout Français était un soldat devant défendre la Nation.»

 

Un livret du citoyen

 

Patrick Beaudoin, député du Val-de-Marne, propose un parcours individuel du citoyen: «L'objectif est de faire comprendre les règles du savoir-vivre ensemble puis, une fois acquis, comment on les défend.» Ce livret s'appuierait sur un ensemble de formations tout au long de la vie, «en utilisant les politiques publiques qui existent». Au-delà de deux journées de JAPD, dont l'une consacrée à la citoyenneté via des rencontres avec des élus, Patrick Beaudoin prône de créer un troisième volet de l'éducation, basé sur un renforcement de l'enseignement de l'Histoire et de l'instruction civique. Mais aussi de jalonner le parcours de vie de journées de sensibilisation (citoyenneté, défense...) et de valoriser les implications des citoyens dans la vie publique (scout, pompiers volontaires...).

 

Traiter les causes d'abord

 

L'amiral Alain Béreau, lui, est un fervent partisan d'un service civique obligatoire: «Le rendu du service civique volontaire que nous avons mis en place est très positif. Les jeunes apprécient ce temps où ils engrangent de l'expérience, réfléchissent sur leur parcours.» L'apprécieraient-ils tout autant s'il était obligatoire? Rien n'est moins sûr. Joël Autret, sociologue, se demande s'il est opportun de faire un lien entre la mixité sociale et le service national: «N'essaie-t-on pas de traiter les conséquences et non les causes. C'est-à-dire, favoriser l'unité nationale alors qu'il y a des choses à faire, en amont sur le plan éducatif, social, économique.»

 

Quel sens pour les jeunes?

 

Le sociologue se demande, par ailleurs, si «le lien réalisé, systématiquement, entre personnes défavorisées et socialisation républicaine par l'inclusion dans un service civil ou militaire est pertinent. Il faut, d'abord, lutter contre la culture de l'allophobie (la peur de l'autre, des quartiers difficiles)... et assurer la transmission des valeurs aux enfants. Cela revient aux parents, pas à un service national... aux enseignants, aussi. Il faudrait, également, rechercher le sens à donner à cette activité civique, un réel service social, afin qu'il soit recevable par les jeunes; qu'ils sentent qu'ils servent à quelque chose d'utile pour la collectivité». Le débat est ouvert. Et on risque fort de le retrouver lors de la présidentielle en 2012.

 

L’Elan Nouveau des Citoyens soutient la mise en place d’un service civique universel, même si un tel projet nécessiterait plusieurs années de montée en puissance.

 

En effet, c’est le seul moyen d’obtenir pour tous les citoyens, pendant une période de leur vie au moins,  un brassage social facteur de respect mutuel et donc de fraternité. L’Ecole, dont c’est une des vocations, peine de plus en plus à assurer ce brassage. Elle reproduit souvent l’environnement social dominant de l’enfant.

 

Outre le raffermissement de l’unité nationale, un tel service serait un multiplicateur d’efficacité globale pour toute la société si l’affectation des jeunes respectait un compromis entre souhaits individuels, compétences à offrir à la collectivité et la nécessité d’évoluer dans un milieu différent de son milieu d’origine.

 

Outre les traditionnels volontariats dans les armées, la Gendarmerie, la Police, les pompiers et la Sécurité civile, la société toute entière bénéficierait d’un soutien scolaire de qualité généralisé, d’un renforcement du lien social au profit du 3e et 4e âges, d'une solidarité accrue envers les individus en grande précarité, d’un entretien plus développé de l’environnement,….

 

Dans une démocratie, donner quelques mois de sa vie à la collectivité ne doit pas être une possibilité mais un devoir.

 

Patrice HUIBAN.

 

 

 

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Informations de référence
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Mardi 14 juin 2011 2 14 /06 /Juin /2011 21:55

Le Spectacle du Monde, Le dossier, octobre 2010.

 

Malika Sorel : “La France s’autodétruit sans rendre service aux immigrés”

 

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Et si le peuple français était la première victime de l'immigration ? Et si transformer les Français de souche en bourreaux n’a fait qu’injecter le poison de la haine dans le coeur des enfants issus de l’immigration ? Et si la HALDE ne servait qu'à exaspérer et à crisper les groupes ? Malika Sorel, dans un article du "Spectacle du Monde" d'octobre apporte des réponses et surtout des pistes de réflexion, sans concession et loin du discours convenu habituellement entendu.

Ancien ingénieur d’affaires et de recrutement de cadres de PME, aujourd’hui membre du Haut Conseil à l’intégration, Malika Sorel a passé ses dix premières années en France, avant de suivre ses parents en Algérie où elle suit sa scolarité. Après avoir terminé l’école polytechnique d’Alger, elle revient en France, où elle suit le troisième cycle de Sciences po. En 2007, elle publie le Puzzle de l'intégration – les Pièces qui vous manquent (Mille et une nuits). Elle y explique que la question de l’immigration-intégration doit être traitée globalement et non plus de façon sectorielle, qu’il faut cesser d’octroyer la nationalité française à des personnes qui ne sont pas prêtes, psychologiquement et moralement, à l’assumer, et s’appliquer, en revanche, à faire respecter la loi française par tous, sans exception.

 

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

 

Les émeutes de 2005 m’ont poussée à écrire ce livre parce que je me sentais responsable de n’avoir, alors, rien dit. Moralement, mais aussi sur le plan affectif, je ne supportais plus cette injustice vis-à-vis du peuple français : les Français sont bâillonnés; et quand ils osent s’exprimer, on leur fait un procès en racisme ou en xénophobie alors qu’ils veulent simplement préserver leur identité. Mes origines me permettaient, peut être, de dire que la véritable victime de l’immigration est le peuple français.

 

 

Vous parlez beaucoup du rôle délétère de la « repentance ». Non seulement pour les Français, mais pour les immigrés eux-mêmes…

 

Le rôle des élites françaises a toujours été déterminant dans l’instrumentalisation de l’histoire. La décolonisation a traumatisé tout le monde, soit ! Mais il devrait tout de même être possible, cinquante ans après des drames partagés, de traiter sereinement du passé, avec ses ombres et ses lumières, au lieu de renier son histoire en se laissant enfermer dans la dialectique culpabilisation-victimisation. Or, c’est malheureusement ce qui se passe. Le discours dominant ne parle que des « horreurs » de la colonisation, et plus personne n’écoute le peuple français, qui est pourtant le plus légitime pour parler objectivement des problèmes engendrés par l’immigration…


De surcroît, transformer les Français de souche en bourreaux n’a fait qu’injecter le poison de la haine dans le coeur des enfants issus de l’immigration. La France s’autodétruit sans rendre service aux immigrés, puisqu’on attribue leurs erreurs, ou encore leur manque d’investissement, à la société. Une excuse facile qu’ils reprennent pour ne pas assumer leurs responsabilités. A partir du moment où l’on enferme des gens dans le rôle de victimes, on leur envoie le signal que tout leur est dû. Or, cela n’est pas vrai. La France fait beaucoup pour les immigrés et leurs descendants, et ceux-ci ont encore énormément à faire pour se rapprocher des Français de souche européenne, en particulier les Maghrébins et les Africains dont la culture reste très éloignée de celle de leur pays d’accueil. Il fallait d’emblée être ferme et affirmer que nos valeurs fondamentales ne changeraient pas. On a fait l’inverse. Dans ces conditions, il est naturel qu’ils développent de moins en moins d’efforts pour respecter les normes collectives françaises. Ils sont convaincus que celles-ci vont changer pour s’adapter à eux.

Il faut aussi dire aux populations d’origine étrangère tout ce que l’Etat fait pour elles, l’argent qui est injecté dans tous les domaines : c’est ainsi qu’on aidera les enfants de l’immigration à se construire le socle de reconnaissance sans lequel rien d’harmonieux ne sera jamais possible. Ce n’est pas en se flagellant qu’on fera aimer la France aux enfants et aux adolescents des banlieues. Bien au contraire. Notre comportement relève parfois de la psychiatrie !

 

 

Pourquoi l’idée de « discrimination positive » est-elle dangereuse à vos yeux?

 

Parce que c’est une escroquerie. L’intégration n’est pas un ascenseur automatique, mais un parcours semé d’obstacles ! L’idée que l’on puisse progresser dans la société de manière passive est absurde. C’est un engagement sur plusieurs générations, la famille entière doit s’engager autour du projet éducatif. Aujourd’hui, beaucoup d’élèves ne font plus rien. Il faut arrêter de les bercer de mensonges : pour réussir, il faut se prendre en main. Et puis la « discrimination positive » est injurieuse pour les immigrés eux-mêmes : on part du principe que les gens issus de l’immigration n’y arriveront pas seuls parce que les Français les détesteraient. C’est zéro pointé sur toute la ligne. Quand vous travaillez dans une équipe, il faut acquérir sa légitimité auprès des autres. Si vous n’avez pas respecté le même processus de sélection, c’est impossible. Pour devenir légitimes, les personnes issues de l’immigration doivent se plier aux mêmes exigences que les autres.

 

 

Vous êtes également très sévère avec la Halde…

 

Elle joue un rôle d’exaspération et de crispation entre les groupes. Elle passe le plus clair de son temps à exacerber les tensions en disant que les gens issus de l’immigration sont victimes de notre société, alors que c’est l’ignorance des codes sociaux et culturels qui empêche les jeunes d’être recrutés. Cela avait été parfaitement mis en évidence par l’analyse d’entretiens d’embauche auxquels la sociologue Jacqueline Costa-Lascoux avait assisté. Le fait qu’on accepte d’eux ce qu’on n’accepterait jamais des autres ne fait que les enfermer dans leurs propres codes culturels. J’ajoute que je prends comme une bonne nouvelle la mise sous tutelle de la Halde. Mais il faut, à terme, qu’elle disparaisse. Le système judiciaire français est là pour traiter des vraies affaires de discrimination. On n’a nul besoin d’une institution qui participe, vraisemblablement sans le vouloir, à dresser les gens les uns contre les autres.

 

 

Qu’opposer, alors, aux doctrines que vous dénoncez ?

 

Rien d’autre que le modèle d’intégration républicain qui fonctionnait très bien ! On doit accueillir les gens dans la communauté française et non l’inverse. Ils doivent respecter le système français. Si on avait fait ça, on aurait suscité le désir d’intégration. Mais comment y parvenir quand on injecte 200000 nouveaux entrants par an dans une société déjà en proie à des difficultés majeures ? C’est irresponsable, grave et fondamentalement dangereux. Il est évident que là réside le défi des prochaines années : si l’on continue comme aujourd’hui, nous irons vers des troubles majeurs. Trop de gens arrivés récemment n’éprouvent plus le besoin de respecter la loi de la République, et reconstituent leurs sociétés d’origine sur le territoire français… Si rien n’est fait pour y mettre un terme, la pression va devenir rapidement intenable.

 

 

Quelle pression, justement, exercent ces sociétés reconstituées ?

 

Dans les cultures maghrébines et africaines, le groupe prend possession de l’individu. Or, plus la société est déstructurée et permet des accommodements, plus les membres des groupes mieux structurés sont tentés de bafouer les règles françaises, qu’on peut défier à moindre risque. La culture de l’école de la République que les enfants ramènent à la maison est aussitôt rejetée parce qu’elle ne correspond pas aux normes culturelles d’origine. Le racisme anti-blanc est une réalité. L’insulte suprême utilisée, c’est « céfranc ». Les professeurs nous le disent : être sérieux en cours, c’est déjà, pour certains, vouloir devenir français : une honte, car assimilé à une traîtrise. Les bons élèves sont, de ce fait, de plus en plus soumis à des pressions par les enfants issus de la même origine culturelle. Le fait que les institutions françaises – la police et l’école – soient attaquées n’est évidemment pas anodin. Or, on continue à excuser les auteurs de ces attaques, à les déresponsabiliser en invoquant leurs conditions sociales. Or, ces mêmes populations, avec des conditions sociales nettement inférieures, ne se comportent pas ainsi dans leur pays d’origine. C’est bien la preuve que l’attitude de notre société a joué un rôle déterminant dans l’apparition des problèmes que nous connaissons.

 

 

Vous accusez le droit du sol. Pourquoi ?

 

Devenir français est un processus qui doit être personnel, car il faut être prêt à assumer d’inscrire ses propres descendants dans un nouvel arbre généalogique qui n’est pas celui de ses ascendants biologiques et culturels. Il y a là une véritable rupture, très difficile à assumer. C’est pourquoi, aujourd’hui, pour une multitude de raisons, peu de gens ont le désir de devenir français. Ils prennent les papiers parce qu’ils savent que c’est le sésame avec lequel ils n’auront plus jamais faim. Ils sont honnêtes et l’avouent : je ne suis pas français, j’ai juste les papiers. C’est la classe politique, dans son ensemble, qui ment et occulte ce que signifie l’identité française. La communauté française reste pour l’instant silencieuse car elle est bâillonnée mais, comme dans tous les pays du monde, elle n’est pas prête à accepter comme françaises des populations étrangères à son identité. Il y a aujourd’hui, en France, une négation fondamentale du droit des Français à être français.

 

 

Quelle distinction faites-vous entre insertion et intégration ?

 

L’intégration, c’est le fait d’assumer l’héritage du peuple français, de porter soi-même les valeurs et les principes des Français, de les transmettre à ses propres enfants. Il y a une forte dimension affective et morale. On ne peut pas exiger cette étape, elle est trop personnelle, trop intime. En revanche, l’insertion est absolument non négociable, c’est le respect des règles et lois de la société. Nombre de ces règles sont tacites. Elles ne sont pas nécessairement inscrites dans des lois. L’insertion dans la société française constitue une étape indispensable avant l’intégration dans la communauté nationale française. C’est ce que ne respecte pas le droit du sol.

 

 

L’une des plus grandes erreurs a été, selon vous, de dégrader l’apprentissage de la langue et de la culture française. Pourquoi ?

 

L’école de la République a un savoir à transmettre, qui crée un référentiel commun à tous les enfants. La langue est un passeport culturel pour naviguer dans la société française. On les a empêchés de pouvoir le faire en revoyant nos exigences sans cesse à la baisse. Pis, l’école s’est mise à verser dans le relativisme culturel, et même à leur transmettre des éléments de leur référentiel culturel alors que c’est bien la seule chose que leurs familles leur transmettent. Aimer une langue est un tremplin pour aimer un peuple. Au travers de la langue, des textes de littérature et aussi des contes et des chansons enfantines, c’est bien la culture qui est transmise. Aujourd’hui, dans les rues, dans les cours d’école, on ne parle plus français. C’est un signe sans équivoque du réel refus d’intégration. Sans compter qu’un enfant qui ne peut s’exprimer et se faire comprendre du fait de la pauvreté de son langage a une plus grande propension à devenir violent. Commençons donc par accentuer l’effort sur la maternelle et sur les premières classes de l’école primaire, en réduisant les effectifs par classe et en mettant l’accent sur la transmission de la langue. Revoyons aussi le circuit des allocations. Il faut impérativement que cet argent aille en priorité au projet éducatif, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. A chaque rentrée scolaire, au lieu de remettre aux parents un chèque qui, souvent, sera envoyé dans le pays d’origine, donnons un cartable, des cahiers et des livres directement à l’enfant.

 

 

Que pensez-vous de la déchéance de nationalité ?

 

Il faut la mettre en place. Et il faut cesser de donner la nationalité à tout le monde. Les gens qui risquent aujourd’hui la déchéance de nationalité n’auraient jamais dû l’obtenir. Il faut vraiment que les politiques s’occupent de toutes ces questions très rapidement. Beaucoup, parmi eux, sont habités par la peur car les populations de l’immigration leur apparaissent comme ayant facilement recours à la violence. Il va pourtant falloir avoir le courage de traiter toutes les dimensions de ce sujet. C’est dans l’intérêt de tous. Notre société est chaque jour plus déstabilisée. C’est la cohésion nationale qui est désormais en jeu ! Tout accepter met la France par terre.

 

 Propos recueillis par Charlotte d’Ornellas POUR LE SPECTACLE DU MONDE, Le dossier, octobre 2010 .

 

 

Le Puzzle de l'intégration ; les Pièces qui vous manquent de Malika Sorel, Mille et une nuits (2007), 272 pages, 14 €.

 

Cette interview est criante de vérité. Renoncer à notre fierté nationale en pensant faciliter l'intégration est totalement contreproductif. Le meilleur exemple vient des Etats-Unis. Dans un pays où la racisme officiel était encore de mise dans certains Etats jusque dans les années 60, voire les années 80 (interdiction des mariages mixtes), dans un pays où les discriminations sont encore vivaces dans beaucoup de secteurs en dépit de l'élection de Barack Obama, les communautés non-WASP cherchent très majoritairement à s'intégrer car elles partagent la fierté américaine. Ces communautés regardent l'avenir et non les erreurs du passé de leur pays d'adoption. Pas d'intégration sans un ciment commun aux nouveaux arrivants et aux autochtones. Ce ciment, c'est un minimum de patriotisme ! Le problème ici est que nos "élites" y ont souvent renoncé et que l'institution en première ligne dans la diffusion de ces valeurs peine à les assumer. Nous avons aujourd'hui une Education majoritairement anationale...

 

Patrice HUIBAN.

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Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 22:16

 

La-Croix.com, le 17-05-2011

 

Les mineurs, des délinquants comme les autres ?

 

Le projet de loi débattu à partir de mercredi 18 mai au Sénat (1) crée notamment un « tribunal correctionnel pour mineurs » pour les 16-18 ans récidivistes.

Les partisans de cette évolution la justifient par la nécessité de traiter ces mineurs comme des adultes. À l’inverse, pour d’autres, l’évolution préoccupante de la délinquance juvénile témoigne de l’absence de repères chez les plus jeunes, ce qui justifie le maintien d’une justice spécifique.

Sur le constat, tout le monde s’accorde : le nombre de crimes et délits commis par les moins de 18 ans va crescendo. Le nombre de mineurs mis en cause est passé de 75 000 en 1970 à près de 215 000 en 2009 (2). Autre constat alarmant : les actes commis par les plus jeunes s’avèrent de plus en plus graves. En 2009, 19 % des atteintes à l’intégrité physique, 25 % des violences sexuelles et 43 % des vols avec violence ont eu pour auteur un mineur.

Dans ce contexte, le gouvernement veut créer des « tribunaux correctionnels pour mineurs » afin d’y juger les récidivistes âgés de 16 à 18 ans. « Les peines encourues ne varieront pas, simplement le fait d’être renvoyé devant ce type de tribunal donnera une plus grande solennité à la procédure », assure le porte-parole de la chancellerie, Bruno Badré. 

Dans les faits, certains magistrats redoutent que les peines prononcées soient alourdies. Une chose est sûre : magistrats, avocats et élus divergent sur la façon d’endiguer la délinquance croissante des moins de 18 ans.

« Un mineur d’aujourd’hui n’est pas un mineur de 1950 »

Aux dires de certains, la justice des mineurs héritée de l’ordonnance de 1945 – qui institue des procédures spécifiques et fait primer l’éducatif sur le répressif – ne serait plus adaptée. Répondant en direct à la télévision en février à une pharmacienne victime de braquages à répétition par une bande de jeunes, Nicolas Sarkozy ne disait rien d’autre : « Un braqueur de 17 ans, de 1,85 m, que l’on amène devant le tribunal pour enfants, ce n’est pas adapté. Un mineur d’aujourd’hui n’est pas un mineur de 1950. »

Une partie des magistrats partage ce constat. C’est le cas de l’avocat général près la cour d’appel de Paris, Philippe Bilger : « Par le passé, les jeunes se rendaient coupables de petits délits avant de devenir de réels criminels. Aujourd’hui, le saut est radical. Certains montrent, dès le départ, un débridement inouï de violence. Une réponse judiciaire plus ferme et plus rapide permettrait de rappeler à ces jeunes les limites à ne pas franchir, eux qui sont parfois dénués de tout sens de l’interdit. » 

Et d’ajouter : « Faire preuve d’une compréhension systématique, c’est mauvais pour l’efficacité de la justice, mais aussi pour l’humanité de ces mômes sans repères. » Partageant ce point de vue, le député UMP des Alpes-Maritimes Christian Estrosi vient de déposer un texte de loi visant à abaisser l’âge de la majorité pénale à 16 ans. « Cette réforme est indispensable, compte tenu du sentiment d’impunité donné par le régime pénal actuel », estime le maire de Nice. 117 députés ont signé sa proposition.

« Ce ne sont pas des adultes en réduction ! »

Autant le dire, ce texte choque une très grande majorité des magistrats de la jeunesse. « Quand je vois la difficulté des jeunes à prendre conscience de la gravité de certains de leurs actes, je me dis avant tout que ces mômes n’ont pas fini de grandir ! », vitupère Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Et le juge de dénoncer la tendance actuelle visant à « juger l’acte plutôt que la personne » ou, en tout cas, à sanctionner en fonction du degré de gravité de l’acte, et de moins en moins en fonction du degré de maturité du coupable. 

Selon Daniel Marcelli, psychiatre au CHU de Poitiers, le monde adulte se méprendrait profondément sur la maturité des adolescents. « Le fait qu’ils dépensent comme bon leur semble, s’informent librement, voyagent un peu partout pourrait laisser croire qu’ils sont plus matures, car plus autonomes. À tort. Ces jeunes ne sont pas des adultes en réduction ! » 

L’ancien garde des sceaux Robert Badinter est de cet avis. Le socialiste constate même une absence de repères grandissante chez les 16-18 ans et conclut : « Mieux vaudrait rapprocher la justice des jeunes majeurs de 20 ans de celle des mineurs de 18 ans, avec priorité à l’éducatif. » Un discours qui, pour l’heure, ne porte pas : ces dernières années, l’ordonnance de 1945 n’a cessé d’être réformée dans un sens plus répressif.

(1) Le projet de loi prévoit également l’introduction de jurés populaires en correctionnelle. Au nombre de deux, ils siégeront aux côtés des juges dans les affaires d’atteintes à la personne. Le texte instaure également la motivation des verdicts d’assises. 

(2) Chiffres issus du rapport annuel de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

MARIE BOËTON

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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 23:31

Lefigaro.fr, le 21-02-2011

Le multiculturalisme, et après ? 

 

Cette fois, c'est dit ! Le multiculturalisme est mort, sinon vraiment enterré. Après Angela Merkel, après David Cameron, Nicolas Sarkozy vient de signer son constat de décès : «Oui, le multiculturalisme est un échec. Si on vient en France, on accepte de se fondre (se fondre !) dans une seule communauté, la communauté nationale.» C'était la semaine dernière, et c'est à peine si on en a parlé. Même la gauche n'a pas bronché ! C'est à des silences comme celui-ci que l'on mesure qu'une révolution est en marche.

Trente ans pour en arriver là ! Trente ans que les bons apôtres de la « diversité », sur les décombres du vieux principe d'assimilation, professent l'idée folle selon laquelle des « communautés » différentes, cultivant chacune sa propre culture et ses propres valeurs, pourraient coexister harmonieusement au sein d'un même ensemble national ! Trente ans que l'on nous tympanise avec les « droits des minorités », cependant que la majorité n'aurait que le devoir de s'adapter, bon gré mal gré. Trente ans que l'on nous dit que «les étrangers sont ici chez eux» (Mitterrand), que les racines de l'Europe «sont autant musulmanes que chrétiennes» (Chirac), ou que «le métissage est notre défi» (Sarkozy)...

Enfin ! Voici donc que les yeux se dessillent et que, dans toute l'Europe, l'idéologie multiculturaliste est jugée à ses fruits. Une souffrance pour la majorité, dépossédée de son identité. Un malheur pour les minorités, enfermées dans leurs particularismes. Et, de part et d'autre, une exaspération réciproque lourde de conflits...

Et maintenant, que fait-on? Car il ne suffit pas de reconnaître une erreur pour en épuiser les effets ni de poser le juste diagnostic (encore fallait-il le faire !) pour guérir la maladie. Il faut réparer ce qui peut l'être, et prévenir de nouveaux dégâts. Bref, ne pas se contenter de parler, mais agir - et obtenir des résultats.

Débattre de «l'exercice des cultes» et de la laïcité, ainsi que le propose Jean-François Copé ? Bien sûr qu'il le faut ! A condition de ne pas s'abriter derrière des pudeurs de chaisière («les» cultes, en quoi posent-ils problème ?) et d'aborder sans fard la question de la compatibilité de l'islam - qui, jusqu'à preuve du contraire, prétend toujours assujettir la vie, privée et publique, de ses fidèles aux règles de la charia - avec les principes républicains. A condition, surtout, de répondre par des décisions politiques aux questions posées par l'organisation de ce fameux «islam de France» qui, pour l'instant, reste un vœu pieux. Gare au débat pour le débat ! La récente consultation sur l'identité nationale, qui n'a débouché sur rien de concret, hormis la nécessaire loi anti-burqa, ne fut pas un succès tel qu'il faille à tout prix recommencer.

Renforcer la lutte contre l'immigration clandestine, ainsi que Brice Hortefeux vient de s'y engager ? Evidemment, c'est nécessaire ! Le débarquement de Lampedusa - annonciateur, hélas !, d'autres exodes - montre combien l'Europe, et la France, sont désarmées. Mais, quand on aura résolu ce mystère qui fait que chez nous 20 % seulement des clandestins arrêtés sont effectivement reconduits aux frontières, il faudra bien s'intéresser aussi à l'immigration légale, que continue de protéger un étrange tabou. Chaque année, outre les clandestins et les demandeurs d'asile, la France accueille environ 180 000 immigrés légaux, dont 15 000 seulement au titre du regroupement familial. Les autres ? «Immigration choisie.» Pourquoi ? Par qui ? En Grande-Bretagne, David Cameron vient de diminuer de 20 % le nombre de visas accordés aux immigrés non-européens. Et nous ? Sans réduction des flux migratoires - illégaux et légaux -, toutes les belles théories sur «l'assimilation républicaine» ne sauraient servir, au mieux, qu'à amuser la galerie...

Ne nous racontons pas d'histoire: tourner effectivement la page de trente années de multiculturalisme (et d'immigration incontrôlée) n'ira pas sans mal. Le temple du« multikulti » est vide, mais ses gardiens, de gauche ou de droite, restent vigilants. Ils n'attendront pas longtemps (d'ailleurs, ils ont déjà commencé) avant de dénoncer les «dérapages», la «stigmatisation», la «surenchère politicienne», la «récupération électoraliste»... et le «populisme», évidemment.

Le peuple ? En voilà une idée ! Aux campagnes des partisans de la « diversité », il est une arme que personne n'a jamais opposée : la souveraineté populaire, justement. Sans doute est-ce la raison pour laquelle tous les gouvernements ont, peu ou prou, renoncé. Le peuple, Nicolas Sarkozy, avec son projet sur les jurys populaires, veut l'associer davantage aux décisions de justice, ainsi qu'à la question épineuse de l'application des peines. Fort bien. Mais ne serait-il pas au moins aussi urgent de confier aux Français le soin de trancher des questions qui touchent à l'essentiel : leur identité et leur destin. Comment ? En les consultant, tout simplement.

Alexis Brezet.

 

Le "nos ancêtres les Gaulois", si décrié ces dernières décennies, garde plus que jamais son sens. On ne peut se reconnaître comme concitoyens, et donc "frères", si on ne partage pas des habitudes et des valeurs forgées dans des mythes communs transcendants.

"La vérité est que partout où il y a des patries, c'est-à-dire des groupes historiques ayant conscience de leur continuité et de leur unité, toute atteinte à la liberté et à l'intégrité de ces patries est un attentat contre la civilisation, une rechute en barbarie". Jean Jaurès.

Patrice HUIBAN.

 

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