Une réflexion de...

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Vendredi 23 mai 2008

Un rapport a été remis au Sénat concernant le Service Militaire Adapté (SMA) et sa déclinaison en métropole, le plan "Défense 2e chance".

Afin de pérenniser le plan "Défense 2e chance" et accroître son efficacité afin d'atteindre l'objectif ambitieux de 20 000 jeunes par an, le rapport préconise, entre autres, de clarifier les missions du plan et d'accroître l'effort budgétaire.

http://www.senat.fr/noticerap/2007/r07-290-notice.html

Merci à M. André MONTAGNE du pôle jeunesse pour cette info !

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Information récente
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Samedi 5 avril 2008

Var-matin, le 21-03-08

 

Brignoles : aider à retrouver des repères

Une petite plaque, boulevard Saint-Louis : l'unité éducative en milieu ouvert a la tâche discrète. Mais délicate puisqu'elle accompagne une centaine de jeunes, garçons et filles, versés dans la délinquance et soumis à des mesures d'encadrement précises : liberté surveillée, réparation ou travail d'intérêt général par exemple. La panoplie des peines est large mais toujours dictée par la loi et motivée par le juge. " C'est lui qui prescrit l'ordonnance et mandate le service pour mener à bien le travail ", résume André Douzant, responsable de cette unité particulière de la Protection judiciaire de la Jeunesse. Ici, l'enfant, l'adolescent (ils ont entre 11 et 19, 20 ans) est laissé à sa famille " dans son milieu naturel ". D'où son nom de " milieu ouvert ".

Son ambition éducative est de " tisser, retricoter du lien ", par l'écoute, le dialogue, le suivi, le conseil porté aux parents qui ont souvent perdu pied. La faute au chômage, à l'alcoolisme, à la drogue, à une séparation, à la précarité, à la solitude aussi.

" L'enfant, qui devient délinquant réagit à un milieu social, c'est un instinct de survie. Mais il n'y a pas un seul facteur déclenchant, c'est plutôt une accumulation, une concomitance ", analyse André Douzant, plus sensible " aux comportements individualistes qu'à la pauvreté ", pour expliquer ces difficultés, ces dérives. Aider et soutenir les parents donc - dans une très grande majorité, ils acceptent cette main tendue - tout en gardant au centre la parole de l'enfant : c'est bien là le travail des quatre éducateurs, de la psychologue et de l'assistante sociale missionnés par le juge des enfants. " Cette collaboration avec la famille et cette prise en considération du mineur font aujourd'hui la qualité et l'efficacité du milieu ouvert ", insiste Laurent Sabag, juge pour enfants, qui croit beaucoup à ce partenariat avec la Protection judiciaire. " Bien souvent, je ne revois pas ces jeunes dans mon bureau, ils n'y font qu'un seul et unique passage ". Preuve que la mesure prise a porté ses fruits.

Redonner de l'autorité aux parents

Pour autant, il faut du temps. Le suivi peut durer quelques mois, en moyenne une année, voire beaucoup plus. " Nous ne sommes pas des Zorro, des donneurs de leçons, c'est un long travail de stratégie. L'objectif, c'est de redonner de l'autorité aux parents, de les mettre en situation de poser les règles, de leur faire prendre conscience par eux-mêmes des solutions ", souligne André Douzant. L'exercice, " qui n'est pas un exercice de contrôle mais d'accompagnement ", se fait par touches successives, des visites régulières aux familles, hebdomadaires ou plus espacées quand il y a moins besoin. Il se fait aussi en réseau, avec le concours d'enseignants, de médecins quand il faut. C'est cette richesse " d'échanges, de liberté d'action " qui plaît à Marion, éducatrice depuis 2000 et qui a la charge d'une vingtaine de jeunes et leurs familles.

Sur la centaine suivie par le centre, une trentaine est installée à Brignoles, les autres habitent Le Luc, Saint-Zacharie, Rocbaron, Rians ou encore Garéoult.

Ville ou campagne, la délinquance juvénile n'obéit pas à la géographie. Et atteint tous les milieux socioprofessionnels. Mais, si tendance il y a, remarque André Douzant, " on s'aperçoit que la tranche des 11-14 ans est de plus en plus concernée par des faits de violence, couteau dans les cartables par exemple ". " Un phénomène qu'on ne voyait pas avant " et qui, conclut-il, inquiète l'ensemble des autorités et services qui travaillent près des jeunes.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Information récente
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Dimanche 30 mars 2008

Valeurs actuelles.fr, le 28-03-08

Le tabou des enfants bandits

Pendant que leurs camarades apprennent à lire, eux s’entraînent déjà à voler et à brûler. Une sociologue, née en Seine-Saint-Denis, lève le voile sur une réalité qu’éludent les politiques de tous bords. Poignant.



L’autre semaine à Lille, deux mineurs agressaient un SDF à coups de couteau dans la gorge, parce qu’il refusait de leur donner de l’alcool. Le plus jeune avait 12 ans. Un fait divers sanglant, qui relance le débat sur la délinquance juvénile. Et si derrière chaque enfant violent, il y avait une famille déséquilibrée ? C’est la question – presque le constat – que pose Sonia Imloul, membre du Conseil économique et social, dans son livre Enfants bandits ? (éditions Panama, 15 Euros). Cet ouvrage, dur et émouvant, déchirant même, décrit des situations paroxystiques mais représentatives d’une tendance nouvelle, où de très jeunes enfants, entre 3 et 13 ans, sombrent dans l’agressivité et la délinquance.

Des histoires vécues, racontées par les institutrices des écoles primaires de Seine-Saint-Denis et par les policiers de la brigade des mineurs du département. Face à cette réalité choquante, les politiques préfèrent éluder le sujet, ou transférer la gestion du problème aux jeunes institutrices fraîchement sorties de l’IUFM, où elles n’ont évidemment reçu aucune formation pour contenir la violence des enfants. Sonia Imloul ne voit qu’une solution à l’équation : refaire de la politique familiale une véritable priorité nationale. Pour que l’enfant et son accueil redeviennent la priorité absolue. Morceaux choisis.

 

KEVIN, 4 ANS

Le cri de la douleur

"Le petit garçon n’a qu’une soeur jumelle, Inès. Ils sont inséparables. […] Ils n’ont jamais connu leur père. "Partie en voyage", leur mère les a confiés à une amie quand ils avaient 18 mois. L’amie en question s’est empressée de les abandonner dans un cinéma, d’où ils ont échoué à la DDASS. Revenue en France, la mère n’a pu les récupérer. Kévin et Inès sont ballottés d’une famille à une autre. Dans la première, ils sont maltraités. À tel point qu’il faut les transférer d’urgence dans une autre famille d’accueil. Le temps de trouver une solution. […] À 4 ans, on n’exprime pas encore sa souffrance par de grandes phrases construites. Alors on hurle. […] Kevin hurle si fort que plus personne ne s’entend parler et que l’enseignante doit interrompre la classe. Assise à côté de lui, sa soeur le regarde avec des yeux vidés de toute expression ; et de temps en temps, elle ricane. Une vision cauchemardesque tout droit sortie d’un film de Stanley Kubrick. En écoutant ce récit, me revenaient les mots de la directrice de l’enfance à la mairie de Saint-Denis, Joëlle Questier-Porrolt : "Un enfant de 4 ans qui hurle manifeste déjà une souffrance irraisonnable. La violence commence là. "

BEMBA, 7 ANS

Dressé à incendier

"Tôt ce matin, ses frères l’ont emmené devant le collège, qui se trouve à un kilomètre de l’école. Leur objectif : les voitures qui ont passé la nuit sur le parking du collège. Problème : l’entrée du parking est fermée par une grille. Seul un individu de très petite taille peut se glisser dessous. C’est le rôle de Bemba qui se voit confier un jerrycan d’essence et un briquet, avec pour mission d’aller incendier les véhicules garés. […] L’enseignante pense à demander des explications aux frères qui ont utilisé Bemba, et qu’elle connaît. Mais desquels s’agit-il ? Dans la famille du petit garçon, il y a dix-sept enfants… S’adresser aux parents ? Cela fait deux ans que la mère a disparu de la circulation, tandis que le papa polygame s’absente régulièrement pour rentrer au Mali chercher de nouvelles femmes qu’il ramène en France. " L’équipe éducative était persuadée que si personne ne prenait cet enfant en main, il n’atteindrait jamais l’âge de 13 ans. Qu’il mourrait avant, dans l’un des nombreux mauvais coups où l’entraînaient ses frères. "

KADER, 6 ANS

Endormi au haschisch

"Tu fumes, toi, maîtresse ? " La maîtresse a beau avoir grandi et enseigné dans le département, elle n’a encore jamais eu à répondre à une telle question de la part d’un gamin de 6 ans. " Oui, répond-elle d’un ton qui se veut détaché mais où la curiosité pointe malgré tout. – Tu fumes quoi ? – Ben… des cigarettes. – Mon beau-père, il fume de la "ztla". De la "ztla" : du haschisch en arabe maghrébin. […] – Et comment sais-tu que ça s’appelle de la "ztla" ? – Oh tu sais, maîtresse, mon beaupère il m’en donne un peu pour que je dorme bien. " Le beau-père qui fait fumer Kader est en fait le cousin germain de sa mère, qu’elle a épousé après avoir divorcé de son premier mari. Lorsqu’une fille est née de cette union consanguine, Kader est parti en vrille. Il s’est mis à taper. À taper tout le monde. Ceux qui refusaient de jouer avec lui, mais aussi ceux qui acceptaient de jouer avec lui. Il ne tapait pas pour taper. Mais pour exister."

OMAR, 4 ANS

Elevé par ses "grands frères"

"Malien, le père d’Omar a trois femmes en France. Les deux premières ont fini par quitter le foyer familial pour aller vivre ailleurs. La troisième est la maman d’Omar. Très malade, elle est rentrée au Mali pendant de long mois. Le père est donc reparti vivre avec son ex-deuxième femme, abandonnant ses enfants nés de la troisième. Dont Omar. "Il vivait totalement seul avec ses frères. Il allait à l’école tout seul. Pendant les émeutes de 2005, il était dehors à 23 heures au milieu des voitures en flammes." Du pain bénit pour les assistantes sociales ? " C’est bien plus compliqué qu’on ne le pense, affirme Émilie Fernez : les grands frères aux allures de gangsters les empêchaient d’entrer dans l’appartement. Elles étaient désarmées pour aider le gamin. "

BRYAN, 7 ANS

Le visage peint de son sang

"Ses bras sont marqués d’estafilades rouges. Et sur sa table, ses ciseaux sont rouges aussi. Bryan s’est écorché les bras avec ses ciseaux et s’est peint le visage de son propre sang. […] Son comportement autodestructeur est permanent. Sans aller jusqu’à mettre sa vie en danger, il prend un malin plaisir à se blesser, à se faire mal. L’institutrice l’a vu se planter son compas dans le dos de la main, s’enfoncer la mine de ses crayons sous les ongles. […] " Et, dans la cour de récré, il agissait en sorte de se faire tabasser par tout le monde. Il allait titiller les gamins jusqu’à ce qu’ils explosent et lui rentrent dedans. " […] Quand Bryan a passé quelques jours chez sa grand-mère, il revient transformé. Lumineux, serein, joyeux. Toute violence vis-à-vis de lui-même semble l’avoir quitté. Puis il réintègre le foyer familial. Et tout redevient comme avant."

HENRI, 8 ANS

Voleur de voitures

"Bruits de moteur hurlant en surrégime. Les policiers tournent la tête, juste à temps pour voir passer en trombe une Renault 19. Sans chauffeur. La police de cette cité de l’est du département a pris l’habitude de ne pas s’effrayer au spectacle de la voiture fantôme. Depuis le temps, elle fait un peu partie du paysage. Certes, ce n’est jamais exactement la même. La couleur, l’état, l’ancienneté, les accessoires changent d’une fois à l’autre. Mais le modèle reste identique. […] Et le style de conduite est reconnaissable entre mille : nombreux à-coups, brusques embardées, vitesse excessive… C’est qu’il n’est pas évident de conduire quand on mesure 1,35 m et qu’on n’est jamais allé à l’auto-école. Ce qui, à 8 ans, est tout à fait normal.

Valentin Goux.
Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Information récente
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Lundi 25 février 2008

Libération, le 18-02-08.

Moins de 18 ans et 18 infractions en moyenne Etude. Au tribunal pour enfants de Paris, la justice n’hésite pas à recourir à des peines de prison contre les délinquants.

C’est une étude rare. Elle se penche sur les mineurs délinquants multirécidivistes. Ceux dont Nicolas Sarkozy prétend qu’ils bénéficient d’une "quasi-impunité garantie", alors que, selon lui, "le premier problème de sécurité qu’il nous reste aujourd’hui à résoudre, c’est l’affaire des mineurs". En réalité, les mineurs représentent 18 % des délinquants mis en cause en France.

L’enquête réalisée entre septembre 2007 et janvier 2008 au tribunal pour enfants de Paris (1) a exploré le parcours de ces jeunes "multiréitérants" en se focalisant sur ceux qui cumulent plus de 10 infractions. Ils sont 44 et totalisent 808 infractions (soit 18 chacun en moyenne). Des jeunes envers qui la justice n’est pas aussi laxiste qu’il n’y paraît. Voici leur photographie.

Qui sont-ils ?

Près de la moitié des 44 mineurs sont domiciliés dans les XIX et XXe arrondissements. Parmi eux, seulement deux filles. Plus d’un tiers vivent avec leurs deux parents. Quand ils sont présents, 44 % des pères travaillent, et 17 % sont chômeurs. Les mères sont 46 % à exercer une profession. Elles sont femmes de ménage (8), gardiennes d’immeuble (2), assistantes maternelles (2) ; les pères, agents d’entretien (2), aides-soignants (2), chauffeurs de taxi (2), cuisinier… Une partie de la famille est déjà connue de la justice pénale. Dans un quart des cas, c’est la fratrie qui a eu maille à partir avec le tribunal. Dans 11 % des cas, c’est le père, la mère dans 5 %.

Alors qu’on parle souvent de "parents démissionnaires", l’étude montre au contraire qu’ils "ne minimisent pas les conséquences de la délinquance de leurs enfants". Par exemple, dans sept familles, les parents ont mis en place des "séjours de rupture pour éloigner leur enfant délinquant de ses fréquentations nocives", c’est-à-dire un exil dans le pays d’origine (près d’un tiers des mineurs impliqués est originaire du Maghreb, un peu moins d’Afrique subsaharienne).

Quatre jeunes sur 5 sont déscolarisés. Et depuis longtemps : 90 % le sont depuis plus d’un an. Ils ont été exclus pour comportement difficile (8 sur 44), absentéisme (5). Deux ont quitté les bancs de l’école pour cause de problèmes "psychiatriques". Mais selon les éducateurs rattachés au tribunal pour enfants, 7 sont atteints de ce type de traumatisme. Seuls 4 mineurs déclarent avoir arrêté délibérément leurs études. Dans quelles classes étaient-ils ?

On ne le sait que pour 26 d’entre eux. La moitié suivait une formation de type "remise à niveau" (7 ont fréquenté une classe relais). Les autres suivaient une formation professionnelle (BEP ou CAP) dans la vente, la pâtisserie, le métier de tailleur de pierres, la comptabilité. Enfin 5 suivaient des études générales en 5e, 4e ou 3e.

Qu’ont-ils fait ?

Les atteintes aux biens sont les plus nombreuses (363 infractions sur 808). Pour 4 sur 5, il s’agit de vols : vols simples (20 %) vols aggravés (80 %). Dans 90 % des vols aggravés, la circonstance aggravante est la réunion (action à plusieurs). "La dimension collective est donc très prégnante dans la délinquance juvénile, constate l’étude, les mineurs multiréitérants agissent souvent les uns avec les autres."

Environ 45 % des infractions commises sont des atteintes aux personnes. Dans 20 % des cas il s’agit de violences physiques gratuites. Mais celles-ci ne présentent "pas de caractère objectif de gravité" puisque 68 % n’ont pas entraîné d’ITT (interruption temporaire de travail), et 22 % des ITT sont inférieures ou égales à 8 jours. Près de la moitié des violences sont motivées par l’appropriation. 25 % concernent les stupéfiants (dont 19 % au moins relèvent du simple usage personnel). Enfin, les atteintes à l’autorité de l’Etat (outrages, violences et rébellion) représentent 12 % du total des infractions. Dans cette catégorie on compte 4 mineurs accusés d’entrave à la circulation dans les halls d’immeuble.

Comment la justice a-t-elle répondu ?

Les résultats de cette étude montrent que les juges des enfants exploitent la totalité de l’éventail des peines disponibles. L’étude "contredit frontalement l’idée reçue selon laquelle les mineurs délinquants jouissent d’une totale impunité pour leurs actes répréhensibles". A regarder les chiffres cela saute aux yeux : 68 % des mineurs concernés ont été condamnés à une peine de prison ferme, 36 % ont été placés une fois au moins en détention provisoire.

Parmi les 351 décisions de justice prononcées, on compte 165 peines, 146 mesures éducatives. Des alternatives aux poursuites ont également été proposées dans 28 cas.

La plupart des mineurs délinquants de cette enquête relèvent également de la protection de l’enfance. 38 mineurs sur 44 ont été - ou étaient - suivis en assistance éducative plus d’un an avant la saisine pénale du juge des enfants. En moyenne, ils avaient 10 ans et 2 mois au moment de la mise en place d’un suivi d’assistance éducative. Et 13 ans à la première infraction.

Charlotte Rotman.

(1) "Etude sur les mineurs multiréitérants du ressort du tribunal pour enfants de Paris", Pauline Marcel, IEP-Paris.

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Dimanche 17 février 2008
Valeurs actuelles, le 15-02-08.

Rue de la violence.

Les blousons noirs étaient les casseurs des années 1960. Ils se rassemblaient en bandes, pratiquaient la bagarre et le hold-up, faisaient régner la loi du gang. Ils ont maintenant l’âge de la retraite. On les a oubliés. Qualifiant de " chimères " tout plan destiné à ­extraire les banlieues de la désespérance, un de nos lecteurs croit se rappeler qu’il y a " quelques décennies ", " l’assimilation était une remarquable réussite ", que " personne ne se lamentait " et que les adolescents de l’époque " ne passaient pas leurs soirées à brûler des voitures pour le plaisir de détruire ".

Il y a quelques décennies, nous étions en juillet 1962, la guerre d’Algérie venait de prendre fin, et l’écrivain Michel de Saint Pierre achevait la rédaction d’une vaste enquête intitulée l’École de la violence. Celle-ci ­mérite d’être relue quarante-six années plus tard, au moment où le président de la République annonce sa politique pour les banlieues. On découvre en effet que, loin d’être différentes, les questions posées en 1962 sont toujours celles qu’il faut affronter en 2008.

" Ceux qui ont charge de la jeunesse le disent avec force : il y a danger croissant, écrit alors Michel de Saint Pierre. À leur solitude, au déclin de l’autorité chez les parents, au déclin de l’honneur dans l’État, aux insuffisances de l’enseignement et de l’éducation, aux entassements sordides, au matérialisme qui monte, les jeunes donnent des réponses de ­violence. La délinquance juvénile croît et se multiplie – à telle enseigne que les éducateurs, les associations de parents, aussi bien que les commissaires de police, les juges d’enfants et les médecins jettent un grand cri d’alarme… "

Deux faits symptomatiques que l’on n’imaginerait pas dater de cette époque. Le 15 juillet 1961, le quotidien l’Aurore rapporte le fait d’arme des "Blousons du Sacré-Cœur", une bande de très jeunes garçons, auxquels un gérant de bistrot a refusé de servir à boire : " alertés par un dur de treize ans (treize ans !), les gamins truands saccagent aussitôt l’établissement, dont ils blessent quatre clients ". Autre illustration : " Johnny Hallyday a reçu dans son énorme courrier la lettre d’une fille qui lui écrivait : "J’ai treize ans et demi et je suis encore vierge. Mes camarades se moquent de moi ! Alors je préférerais que vous soyez le premier. Mais venez vite !" "

Michel de Saint Pierre interroge des psychiatres. " Un des faits constants de la délinquance juvénile, dit l’un, est son caractère grégaire. L’enfant, devinant que l’autorité du groupe familial s’effondre et percevant sa propre faiblesse, recherche l’autorité du groupe. Il va trouver une famille dans la bande… " " Des mots tels que conscience, honneur, probité, amour-propre semblent ne plus "mordre" sur l’adolescent, explique un autre. Certains enfants sont véritablement sourds à ces mots, comme s’ils n’en saisissaient pas le sens… "

Ainsi tout était dit en ces belles années de croissance et d’apparente insouciance. On sonnait l’alarme en accusant tout à la fois l’urbanisation des HLM, la démission des parents, l’effacement de l’autorité, la dévalorisation de l’effort et la prolétarisation des instituteurs. Mais ce fut dit en vain, et toutes ces maladies naissantes, aggravées par le déracinement et une intégration ratée, allaient se propager de manière fulgurante dans la rue des cités et des quartiers.

En 1960, chiffre cité dans l’École de la violence, quelque 26 000 mineurs, garçons et filles, passaient devant les tribunaux. En 1990 : 85 000. Quinze ans plus tard : 180 000. En moins de trois générations, nous aurons multiplié par sept le nombre de mineurs délinquants ! Que s’est-il donc passé ? Tout simplement ceci : ce qui était en germe au début des années 1960 n’a fait que se développer par la suite jusqu’à "muter" en Mai 68, en une sorte d’idéologie de la permissivité, les enfants mis sur le même plan que les parents, les élèves au même niveau que les professeurs, etc. Si nous avons 180 000 mineurs délinquants, nous avons aussi 160 000 jeunes qui sortent du système scolaire chaque année sans rien.

Tout devait donc être reconstruit. De même qu’il a fallu faire sauter les "barres" de béton des avenues Lénine et Stalingrad pour rebâtir des quartiers à visage humain, tout est à reprendre. On rouvre les internats fermés en 1970, on réinvente l’école des métiers, on convoque les chefs d’entreprise auprès des enseignants, on place les parents devant leurs responsabilités, on sanctionne plus sévèrement les délinquants mineurs. Voilà pourquoi, présentant son plan banlieues, le chef de l’État appelait six ministres auprès de lui, ceux de l’Environnement et de la Ville, comme ceux de l’Éducation nationale, de la Recherche et de l’Intérieur. Pour avoir trop tardé à entendre le cri d’alarme de 1962, c’est à un cri de détresse qu’il faut répondre aujourd’hui.

François d'Orcival.

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