Une réflexion de...

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Samedi 12 janvier 2008

Le Figaro.fr, le 10-01-08

Ces minicaïds qui sèment
la terreur dès la maternelle


Une école maternelle incendiée, à Toulouse. En 2005, sur les 82 556 actes dont les juges pour enfants ont été saisis, 3474 concernaient des moins de 13 ans. La délinquance juvénile est passée de 10% dans les années 1970 à 25% aujourd'hui. Crédits photo : AFP

Âgés de 3 à 10 ans, ils frappent, volent ou brûlent des voitures. Le rajeunissement de la délinquance est un vrai phénomène dans les cités.

Les yeux révulsés, la respiration "rauque, caverneuse, animale", qui lui valent le surnom de l'"Exorciste", Aziz (1) a la rage. Comportement hyperactif, insultes, coups… la dernière fois qu'il a frappé, c'était son enseignante. Qui a porté plainte contre lui. Aziz n'a rien d'un de ces ados durs qui sévissent en bande, il a cinq ans et vit dans une cité de Saint-Denis, dans le 93.

Aziz n'est pas un cas isolé. Le rajeunissement de la délinquance dans les quartiers difficiles est un vrai phénomène. Âgés de 3 à 10 ans, ces minicaïds que l'administration appelle "enfants hautement perturbateurs" ne se contentent pas de voler des bonbons mais cognent, fument, traînent dans les rues, brûlent les voitures, etc.

Comme Bemba, 7 ans, qui arrive à l'école en empestant l'essence, après avoir incendié avec ses frères des voitures du parking voisin. Ou encore ce gamin de 3 ans surnommé "Hannibal Lecter", en référence au héros cannibale du Silence des agneaux, pour avoir mordu le nez d'une fillette jusqu'à le lui arracher.

Sans parler de Kader, 6 ans, qui, sous l'influence de son beau-père, fume du cannabis chaque soir "pour mieux dormir". Hakim, 9 ans, a, quant à lui, donné des coups de couteau à sa propre mère... C'était il y a six ans. Après maints autres délits graves, et un passage à Fleury-Mérogis, il est aujourd'hui emprisonné à Fresnes. Tous ces "enfants bandits", comme y fait référence le titre d'un livre (2) à paraître sur le sujet, viennent de Seine-Saint-Denis.

Si d'autres cités de France ne sont pas épargnées, ce phénomène "reste malgré tout marginal, nuance Sonia Imloul, présidente de Respect 93, une association qui milite pour la prévention de la délinquance des mineurs. Mais il suffit de deux ou trois élèves intenables dans une classe pour la paralyser totalement."

Côté chiffres, sachant qu'un mineur au-dessous de 13 ans ne peut faire l'objet d'une condamnation pénale et que la plupart des statistiques concernent les 13-18 ans, il est difficile d'être précis. On sait simplement qu'en 2005, sur les 82 556 actes dont les juges des enfants ont été saisis, 3474 concernaient des moins de 13 ans. Et que la part des mineurs dans la délinquance est passée de 10% dans les années 1970 à 25% aujourd'hui. "Magistrats, policiers, enseignants, tous observent ce rajeunissement avec de plus en plus de passages à l'acte", confie Claude Beau, vice-présidente du TGI de Paris et présidente de Mission Possible, une association de prévention.

Pour Sonia Imloul, issue de l'immigration algérienne, le dépistage si contesté de la délinquance avant trois ans, qu'avait suggéré Nicolas Sarkozy, est la mesure d'urgence à adopter. "Les gens qui sont contre ne savent pas de quoi ils parlent", affirme-t-elle. Le signal d'alarme, selon elle, devrait être tiré dès la maternelle. "Oui, on sait dans la cour de récré lesquels vont devenir délinquants, dépressifs ou tenter de se suicider !", assure-t-elle.

"Dehors jusqu'à 11 heures"

Pour Patricia, mère de trois enfants vivant dans la cité de Floréal à Saint-Denis, le rajeunissement de la délinquance s'observe "depuis une dizaine d'années, avec un durcissement et un sentiment d'impunité depuis les émeutes de novembre 2005". Elle s'inquiète pour sa fille, Chloé, 10 ans, plusieurs fois agressée à l'école : "Ça n'est plus possible pour nos enfants. Ils n'ont aucune chance ici", dit-elle, évoquant ses projets d'installation dans le Nord "Est-il normal de laisser des enfants de trois ou quatre ans dehors jusqu'à 11 heures du soir ?", s'indigne-t-elle encore. C'est la voie la plus sûre "pour les mettre sur les chemins de la délinquance", poursuit Isabelle, animatrice d'un centre de loisirs depuis 8 ans. Il y a quelques mois, alors enceinte, Maxime, 7 ans, lui a donné des coups dans le ventre. Elle aussi envisage de partir.

Delphine de Mallevoüe

Par Patrice HUIBAN
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Samedi 12 janvier 2008

Euronews.net, le 12-01-08

Délinquance criminelle, en Allemagne la CDU joue la carte populiste 

La délinquance juvénile figure parmi les principaux chevaux de bataille des élections allemandes dans le Land de Hesse fin janvier. L'agression d'un homme de 71 ans dans le métro à Munich fin décembre a choqué toute l'Allemagne et a exacerbé le débat au sein de la "grande coalition". Les agresseurs sont des multi-récidivistes d'origine étrangère.

La CDU de la chancelière Angela Merkel a choisi de se rallier à la ligne intransigeante du ministre président de Hesse. Roland Koch qui brigue un troisième mandat réclame un renforcement des lois contre la criminalité des jeunes. Il préconise notamment de faciliter l'expulsion des délinquants étrangers.

Roland Koch : "Si l'Etat se rend ridicule en se contentant de hausser les épaules parce qu'il n'est pas capable de tracer une ligne, alors vous comprenez pourquoi ces carrières criminelles se développent si vite et que l'on ne peut plus les contrôler".

Le SPD a toujours refusé de renforcer l'arsenal répressif contre les jeunes délinquants. Andrea Ypsilanti, candidate des sociaux-démocrates dans le Land de Hesse : "On peut parler de la violence des jeunes et de la délinquance juvénile, mais nous devons aussi parler des tactiques de Roland Koch. Il est dos au mur, il n'avait pas de programme pour sa campagne électorale et il vient tout juste de trouver un angle avec cette histoire".

Le député conservateur, Volker Kauder, a réclamé le week-end dernier l'instauration de "camps de rééducation", proposition rejetée par la ministre sociale-démocrate de la Justice. Selon Angela Merkel, 43% des violences en Allemagne sont le fait de jeunes de moins de 21 ans et près de la moitié sont le fait de jeunes étrangers. La chancelière s'est prononcée en faveur des arrestations-sommations, des peines de courtes durées imposées à des délinquants qui normalement pourraient rester en liberté sur parole.

Par Patrice HUIBAN
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Samedi 12 janvier 2008
Le Monde.fr, le 07-01-08

Dans les cités britanniques, les gangs d'adolescents s'entre-tuent pour des territoires

Un adolescent tué d'un coup de couteau, deux autres blessés dont un grièvement, à la suite d'une bataille rangée entre bandes rivales sans doute liée au trafic de drogue. C'était le 5 janvier dans le Larner Road Estate, une barre de HLM sinistre de Erith, dans le sud-est de Londres. Le 1er janvier à l'aube, une bagarre éclatait dans le nord de la capitale, au cours de laquelle un adolescent de 17 ans était mortellement poignardé au thorax.

Alors, les policiers en ont assez. Assez de cette violence juvénile qui, en 2007, a coûté la vie à vingt-sept adolescents londoniens, la plupart tués à l'arme blanche. C'est pourquoi Bob Carr, commissaire en chef d'Islington, quartier du nord-est de la capitale particulièrement touché par cette vague criminelle, a réclamé une peine automatique de cinq ans de prison pour tout majeur pris en flagrant délit de possession d'un couteau. Les associations de protection de la jeunesse - à l'instar de Knives Destroy Lives Campaign ("les couteaux détruisent des vies") ou Mothers Against Guns ("les mères contre les armes à feu") ont apporté leur soutien à la proposition du commissaire de Scotland Yard.

Le phénomène, qui frappe les quartiers à problèmes des grandes villes anglaises, a été baptisé postcode lottery (la loterie du code postal). Il ne s'agit pas d'une révolte contre les institutions, l'école ou la police. Les "sauvageons" version britannique s'attaquent à d'autres adolescents pour le contrôle de leur cité.

D'après les experts, même si la majorité des assaillants comme des victimes sont d'origine antillaise ou africaine, le territoire transcende la race ou la religion. "La violence des batailles de gangs à Londres a toujours existé, mais c'est leur intensité qui est nouvelle. Les jeunes criminels portent non seulement des couteaux à longue lame, des cutters ou des hachettes mais aussi des revolvers pour défendre un prétendu territoire, comme si c'était la seule chose au monde qu'ils possèdent", explique le commandant Shaun Sawyer, l'un des chefs de l'anti-gang de Scotland Yard. Cette délinquance sévit dans des quartiers populaires en voie d'embourgeoisement où cohabitent sans se mêler jeunes chômeurs et professions libérales, à l'instar d'Hackney, d'Islington ou d'Enfield.

La plupart des incidents surviennent lors de manifestations sportives ou de concerts, devant les boîtes de nuit, pendant des soirées privées et aux arrêts de bus. "C'est Orange mécanique. Ils pensent jouer dans un film de gangsters. Ils ne parviennent plus à faire la distinction entre la réalité et la fiction", s'alarme Harry Fletcher, responsable du syndicat des éducateurs sociaux, en dressant un désespérant constat d'impuissance.

Dans un entretien au Sunday Telegraph publié au lendemain du drame d'Erith, la ministre de l'intérieur, Jacquie Smith, s'est engagée à mettre en place un dispositif musclé pour combattre le trafic qui alimente les cités en armes. Pour le gouvernement travailliste, il y a urgence à agir : selon un sondage, deux Britanniques sur trois estiment que le Labour a échoué sur le plan de la lutte contre l'insécurité. 

Marc Roche.

Par Patrice HUIBAN
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Jeudi 27 décembre 2007
Par Philippe Rodet - Publié dans : Information récente
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Dimanche 2 décembre 2007

Libération, le 26-11-07

"La Commune" : pas de quartier pour la cité

Série. Sur Canal +, une fiction s’attaque de front à la banlieue, ses habitants, ses drames et sa violence.

Avec dix ou vingt ans de retard, le PAF met les doigts dans la prise : l a Commune – créée et écrite par Abdel Raouf Dafri, réalisée par Philippe Triboit – raconte, à travers huit épisodes de 52 minutes, non pas l’insurrection de 1871, mais les drames humains qui se nouent au sein d’une cité HLM promise à la destruction par un maire qui se rêve en ministre de la Ville.

Le scénario de Abdel Raouf Dafri, ex-reporter de France 3 Lille et adaptateur de la vie de Jacques Mesrine au cinéma, a la complexité, la noirceur et l’esthétisme des séries américaines comme Oz. Et il en utilise les ficelles : comme lorsque Hocine, interprété par Tomer Sisley, vient interroger le spectateur à coup de punch-line ("A la commune, le seul jour facile, c’était hier.").

Conversion. Dans cette cité "idéalisée", selon les mots du réalisateur, se jouent les conséquences d’un drame survenu vingt ans plus tôt. François Lazare (Francis Renaud), âgé de 15 ans, est arrêté pour avoir tué deux policiers. A sa sortie de prison, vingt ans plus tard, Lazare s’appelle Isham Amadi, s’est converti à l’islam, et a fait fortune grâce la publication de deux best-sellers. Son ancien pote Housmane Daoud (interprété par un imposant Doudou Masta) est devenu le caïd de la cité, gérant le trafic de drogue, avec, à ses côtés, Milan, son homme de main aussi bête qu’un pitbull.

Le retour d’Isham/François dans la cité ne plaît ni à son ancien ami, ni au maire, ni à l’iman, et encore moins au fils d’un des policiers abattus. Seules les femmes, Anita Rossi, la responsable du centre social, Hosnia Zemmouri, jeune Tunisienne voilée mariée au grand frère d’Hocine, voient son retour comme celui du fils prodigue.

"Romanesque". Délinquance juvénile, islam radical, overdoses, machisme : tous les ingrédients d’un énième cliché sur la banlieue pourraient être réunis. Et pourtant : la Commune tient plus de la politique-fiction où les enjeux de la banlieue seraient exagérés à l’extrême.

Philippe Triboit connaît bien l’univers des cités enclavées pour avoir tourné l’Embrasement, téléfilm diffusé sur Arte et retraçant les émeutes de novembre 2005 : "Les comportements qui y sont décrits sont valables ailleurs, défend-il, la loi du plus fort, ça dépasse la cité. J’ai souvent pensé au théâtre classique, le coryphée est un chœur antique, le parking une scène théâtrale. Il y a des gens qui ont un destin presque shakespearien dans cette série. Aujourd’hui, dans la société française, la banlieue est la plus romanesque parce que c’est là que les tensions se matérialisent le mieux, que les disparités sont les plus grandes, que les excès se manifestent le plus."

Philippe Triboit a soigné le casting pour parvenir à une vraie plus-value visuelle : "Je voulais quelque chose de surdimensionné. Je ne voulais pas de cinéma vérité, de casting sauvage, de misérabilisme à la Ken Loach. Je voulais qu’ils aient plus de charisme que la normale. C’est la première série en France où les Blancs, les Arabes et les Noirs sont traités à égalité. Ils sont dans la même complexité, et ils tiennent les premiers rôles."

Et c’est une des grandes réussites de cette série : des personnages attachants, au point d’en oublier la cité.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Information récente
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