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Présentation

Lorsque l’on parle de violence de nos jours, le mot est entendu dans son sens négatif. Mais il ne faut pas oublier qu’il existe, chez l’être humain, une certaine violence force de vie qui fait progresser, d’où l’expression “se faire violence”. Il faudrait réussir, chez les jeunes, à transformer la violence négative, destructrice d’eux-mêmes et de la société, en une énergie positive capable de les amener à se faire violence.

Le mot violence est également associé à celui de délinquance.
Le nombre d’actes antisociaux commis par les jeunes va croissant dans la plupart des pays. Cette délinquance touche surtout les adolescents, mais l’on constate depuis quelques années un rajeunissement de la tranche d’âge en cause. Cette évolution est d’autant plus inquiétante que plus l’on commence tôt, moins on intègre les repères et plus la personnalité est altérée de façon durable.

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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 11:25

 

Newspresso.fr, le 19-02-2012.

 

L’encadrement militaire des jeunes délinquants est-il efficace ?

 

 

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Soumettre les délinquants mineurs récidivistes à un encadrement militaire n’est pas une idée nouvelle. Voilà quelques années, des voix se seraient élevées contre le « tout répressif » et  auraient scandé la nécessité d’éduquer plutôt que de punir. Aujourd’hui, l’accueil semble plus favorable. Pourquoi cette évolution ?

L’idée avait été popularisée par la candidate socialiste Ségolène Royal durant la campagne présidentielle de 2007. Elle avait surtout été mise en œuvre expérimentalement au sein des chantiers JET (Jeunes en équipe de travail) entre 1986 et 2003. 

Depuis l’époque où nos garnements étaient qualifiés de « petits sauvageons » par le ministre en place, les bandes de jeunes mineurs se sont endurcies au point de devenir une menace pour les libertés publiques et un véritable enjeu politique. Les agressions violentes ont augmenté alors que les chiffres officiels de la délinquance marquent une pause ou sont en légère décrue depuis quelques années. 

Les règlements de compte à l’arme de poing ou de guerre sont devenus une réalité dans beaucoup de banlieues où sévissent des trafics de stupéfiants. Les habitants éprouvent une crainte à sortir de chez eux ou à rentrer tard le soir. 

La sécurité est l’un des thèmes centraux de la campagne présidentielle, et c’est pourquoi personne n’entend critiquer ouvertement ce nouveau dispositif.

Alors l’encadrement militaire, c’est bien ou c’est mal ?

Tout d’abord, pour cerner la difficulté à évaluer l’efficacité d’un dispositif, il faut comprendre un point essentiel : nous ne disposons pas en France de statistiques fiables pour mesurer la délinquance des mineurs, ni même l’impact des peines dans la récidive.

Pour estimer le poids de la délinquance juvénile dans la délinquance totale, on calcule la proportion de mineurs mis en cause  dans le total des personnes poursuivies et on applique ce taux pour attribuer aux mineurs un pourcentage de la part, très importante, des faits non élucidés. 

Or la réalité criminologique est différente. Les mineurs commettent souvent des délits en salve : un incendiaire pourra ainsi brûler plusieurs voitures durant la même soirée, les razzias des bandes de voyous génèrent des vols par dizaines lors d’une même équipée délictueuse, alors que la délinquance des majeurs est moins répétitive. 

Par ailleurs, une proportion non négligeable de délits élucidés provient de la délinquance routière, commise en général par des majeurs,  et contribue à fausser ainsi le rapport majeurs-mineurs délinquants en augmentant la part des majeurs mis en cause dans les faits élucidés.  On peut donc raisonnablement supposer que la délinquance des mineurs est très certainement sous-évaluée.

En outre,, il y a infiniment moins de mineurs récidivistes, c’est à dire condamnés une nouvelle fois pour des faits identiques ou assimilés commis dans les cinq ans, - ou dix ans en cas de crime -, de la première condamnation que de mineurs réitérants, ceux qui commettent une infraction pénale, quelle qu’elle soit, après avoir été poursuivis. 

Or seules les statistiques concernant la récidive sont fiables puisqu’elle proviennent de l’exploitation des mentions des casiers judiciaires.  La réitération ne serait quantifiable que par l’exploitation des fichiers de police, mais comme 7 à 8 affaires sur dix ne sont pas élucidées, c’est à dire attribuées à une personne déterminée, l’analyse de ces données comporterait un biais majeur. 

La notion de mineur récidiviste ne permet donc pas de définir efficacement le périmètre de la dangerosité chez les mineurs. Il est donc difficile de mesurer l’impact des peines sur la délinquance des mineurs, et cette incapacité  nourrit tout le débat entre les défenseurs de la sanction et les militants de l’éducation. 

Pour avoir travaillé six ans en qualité de juge de l’application des peines dans le tribunal de grande instance d’une grande ville, j’ai pu observer  deux résultats qui ont orienté ma réflexion.

Le premier résultat concerne le traitement de la délinquance des mineurs. A la faveur d’un changement de l’unique juge des enfants d’un petit tribunal proche, la politique pénale mise en place en cas de commission d’un délit était le placement du mineur sous contrôle judiciaire avec interdiction de sortir de 20 heures à 7 heures du matin. En cas de violation de ces obligations, le mineur effectuait une semaine de détention. La politique a été strictement observée par le magistrat : au bout d’un trimestre, il a été constaté une diminution d’un tiers des saisines pénales du juge des enfants ; les mineurs s’étaient passé le mot. 

Le deuxième résultat concerne justement ce qui fait débat aujourd’hui. Le service de l’application des peines disposait à l’époque d’un camp JET tout proche. Il s’agissait d’un fort militaire désaffecté dans lequel des mineurs étaient pris en charge par un équipe de militaires volontaires.  Ils y effectuaient une remise à niveau des connaissances scolaires, un apprentissage du métier de métallier. Ils pouvaient également y passer leur permis de conduire. 

La journée commençait à six heures du matin par un salut au drapeau et une séance de course à pied. La matinée était consacrée à l’école et l’après midi à la formation professionnelle. Les candidats étaient rigoureusement sélectionnés : les consommateurs de stupéfiants en étaient exclus, et l’on retenait les délinquants chevronnés chez lesquels le conseiller d’insertion pressentait une évolution favorable possible.  Ils bénéficiaient alors d’un placement en chantier extérieur dans ce fort et après leur libération, demeuraient encadrés par un réseau de militaires volontaires dans leur ville. 

Beaucoup de ces jeunes hommes, une fois libérés, ont témoigné de l’importance de ce chantier dans la réorientation de leur itinéraire.  Ils y avaient fait l’expérience de la persévérance, de l’effort  et, souvent pour la première fois de leur existence, avaient connu un cadre éducatif.  

La question n’est pas de savoir si tous se sont sortis de la délinquance, mais bien si les résultats de ce mode d’exécution de peine sont meilleurs en terme de récidive qu’à l’issue de l’exécution classique de la peine. Malheureusement, pour les raisons déjà exposées et du fait du profil psychologique particulier des candidats au chantier JET, il n’est pas possible d’apporter une réponse étayée par des éléments objectifs. 

 

Béatrice Morvan.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelles récentes
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 22:01

Lejdc.fr, le 06-02-2012.

 

Hollande pour le « doublement des centres éducatifs fermés» 

 

Ce lundi à Dijon, François Hollande a préconisé une politique de lutte contre la délinquance des mineurs fondée sur un "juste équilibre" entre sanction et prévention, en critiquant sévèrement la politique du gouvernement en matière de lutte contre l'insécurité.

 

« Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur a créé 10.000 postes dans la police et la gendarmerie; président de la République il a supprimé 10.000 postes de police et de gendarmerie. C’est le va et le vient, le zig et la zag, le hue et le dia », a dénoncé le candidat PS. Qui s’en est pris directement à l’actuel ministre Claude Guéant et à sa formule sujette à polémique (« Toutes les civilisations ne se valent pas »). « Moi, je fais de la sécurité un enjeu au quotidien. Il n’y a pas besoin d’ouvrir des polémiques, de faire des phrases, de créer de la tension sur cette question de l’insécurité”, a-t-il lancé.

 

Lors d’une réunion avec des responsables de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et des associations dans un foyer de jeunes travailleurs, il a déploré « une dégradation des moyens de la PJJ », dont le budget, selon son porte-parole Bernard Cazeneuve, a diminué « de 10 % en trois ans (2008 à 2011) ». Il a préconisé « un contrat clair entre l’Etat et les collectivités locales » pour assurer une politique de prévention partout, « de quartier, de rue, d’escalier », afin d’éviter que les jeunes n’entrent dans la chaîne pénale.

 

Estimant que « le juge des enfants était la clé de voûte du système », françois Hollande a préconisé, pour répondre aux actes délinquants, « rapidité », « différenciation des placements en fonction du profil des jeunes » et « cohérence dans leur suivi ».

 

« Nous avons à prononcer à chaque moment la bonne réponse avec la sanction appropriée”, a-t-il dit, en prônant un “juste équilibre” entre sanction et prévention. Le candidat a prôné un « doublement des centres éducatifs fermés » (CEF), pour les porter à 80 sur le quinquennat, mais aussi des moyens pour les centres d’éducation renforcée et autres établissements de placement éducatif.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelles récentes
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 18:43

Le Figaro, le 03-02-2012.

 

La mixité sociale fait grincer des dents à Paris.

 

 

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Si, dans la plupart des villes françaises, l’assouplissement de la carte scolaire n’a pas franchement changé le paysage éducatif, Paris fait figure d’exception. Dans cette ville, où la chasse au bon lycée est un sport très angoissant pour les familles, le fait d’être « boursier » rapporte plus de points de bonus qu’ailleurs. Cette particularité du barème « permet mécaniquement aux boursiers d’accéder aux meilleurs lycées publics », constate le rapport. Une « mixité sociale » qui ne manque pas de faire débat depuis cinq ans. Car parmi les 15 % de boursiers parisiens, certains accèdent plus facilement à ces établissements prestigieux au détriment de collégiens d’origine sociale plus aisée qui croyaient leur place réservée. À notes égales, voire inférieures, les boursiers peuvent les devancer. Pleurs et grincements de dents sont devenus monnaie courante aux portes des établissements attractifs. Conséquences : le lycée Charlemagne est passé de 15 % de boursiers à 25 %. Sophie-germain compte désormais 40 % de boursiers. Des lycées peu prisés, comme PaulValéry, ont accueilli, du coup, davantage d’élèves issus de milieux favorisés « qui viennent à reculons ». Les familles qui avaient acheté 30 % plus cher leur appartement pour s’assurer une place se sentent quant à elles flouées, menaçant d’envoyer leurs enfants dans le privé.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelles récentes
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 11:58

 

Le Figaro, le 11-12-2011.

Contre l'argent roi !

TRIBUNE - Le philosophe Chantal Delsol s'élève contre le mépris des convictions spirituelles qui domine notre société.

  
Contre l'argent roi: voilà un discours qui emporte tous les suffrages. Il n'est pas un détour de conversation, pas une péroraison de journaliste, pas un discours politique où l'on n'entende cette ardente récusation du matérialisme. De l'extrême gauche à l'extrême droite en passant par les centrismes les plus fades, tous s'indignent contre la «tyrannie des marchés».


Curieux consensus, qui exprime un dégoût de soi. Car il n'y a pas plus matérialistes que nous. À preuve : nous réduisons tout à l'économique, nos problèmes sociaux comme nos problèmes politiques. Qu'on regarde de plus près.


S'agit-il de faire face à une crise économique majeure dans l'ensemble de la zone euro ? Nous mettons en place des gouvernements de salut public, comme si nous étions en guerre. Autrement dit, la crise économique équivaut à une situation de guerre, parce que la question économique est devenue la seule cruciale, par défaut de tout le reste. On utilise alors pour parler des chutes de la Bourse le même ton dramatique qu'on utilisait quand Hitler envahissait la Pologne. En imposant des gouvernements techniciens dans les pays sinistrés, l'Europe indique bruyamment qu'elle est en train d'effacer la politique, et de couronner l'économie à sa place. Nous avons voulu remplacer la guerre par le commerce, et nous y sommes parvenus. Oui, nous pouvons bien injurier l'argent: mais nous n'avons rien d'autre.


S'agit-il de considérer le drame des pauvretés renaissantes, le drame de l'illettrisme au sein de l'Éducation nationale, le drame de la délinquance des mineurs ? Nos experts se penchent sur ces catastrophes et s'écrient immanquablement : de l'argent! Il faut plus d'argent ! Sans jamais s'aviser qu'il faudrait peut-être davantage de famille unie, davantage de temps pris par les parents pour l'éducation, davantage de courage ou d'énergie pour travailler, davantage de sens de l'honneur pour assumer son sort, etc.; autrement dit: davantage de biens spirituels.


Peut-être détestons-nous l'argent. Mais sans conteste nous détestons encore plus les biens spirituels: depuis déjà longtemps nous ne cessons de les dénigrer. Les mêmes qui fustigent avec le plus d'ardeur le matérialisme ambiant se sont efforcés d'anéantir les idéaux; ils ont vilipendé les croyances; ils ont discrédité fanatiquement les espérances du salut; ils ont considéré la défense de n'importe quelle «cause» comme l'expression d'un provincialisme ridicule; ils ont traqué sans pitié tout ce qui n'était pas comptable, mesurable et pesable; ils ont ridiculisé, à l'usage des jeunes générations, les héros et les saints. La passion matérialiste résulte de la destruction des croyances, idéologies, religions et autres, toutes jugées infréquentables. L'argent roi a occupé la place laissée libre par toutes les ferveurs sacrifiées.


La passion de l'argent et du confort, signe de l'esprit bourgeois depuis le XVIIIe siècle, a été déployée avec les Trente Glorieuses et consacrée avec la fin des idéologies. Les passions religieuses, idéologiques, militantes, nous ont fait trop de mal et, du coup, c'est toute adhésion immatérielle que nous détestons. Oui, mais voilà, la nature a horreur du vide: quand un citoyen n'a plus d'idéaux, il tombe amoureux de son écran plat. Notre passion pour l'argent, contre laquelle nous nous élevons avec véhémence, ne nous a pas été imposée sournoisement par quelque classe de banquiers diaboliques: notre matérialisme provient directement de notre mépris des convictions spirituelles.

Derrière cette récusation de l'argent, il y a dans nos sociétés un appel de l'austérité, comme une nausée du confort des Trente Glorieuses. Acheter peu, mépriser le superflu, prendre son temps, honnir l'ambition: certains d'entre nous se sont mis volontairement en mode survie. Mais c'est une austérité sans projets, sans passion, sans ferveur, sans espérance. Elle est vide, parce que tissée autour de la haine - haine des banquiers, haine de soi. Et l'austérité ne peut être fastueuse que si elle se tisse autour de valeurs positives. On ne renonce pas à l'argent par aversion pour les riches, mais pour couronner quelque idéal plus élevé. Un peuple doté de spiritualité peut vivre pauvrement: c'est comme manger des topinambours dans une assiette en vermeil. Pourtant les idéaux nous font peur : ils suscitent le conflit et, en même temps, exigent le lien. Or nous sommes individualistes et pacifistes. Notre aversion de l'argent n'est qu'une rodomontade contre l'argent roi, certes, et qui donc sera le roi ?

 

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Informations de référence
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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 15:29

 

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Dans une récente étude IRSEM/CEVIPOF, l’armée est, pour 85% des jeunes français, l’institution en laquelle ils ont le plus confiance, devant l’Ecole et très loin devant les partis politiques crédités de 13%. Par ailleurs, 4 jeunes sur 10 sont prêts à s’engager dans l’armée. Ils le feraient d’abord pour le service du pays, plutôt que pour l’obtention d’un emploi stable. Lors d’un précédent sondage en 1998, c’était l’inverse.

 

Ce sondage pourrait paraître surprenant dans une société libérale (au sens politique) et hédoniste comme la nôtre. En effet, l’armée incarne l’ordre, l’autorité, la hiérarchie alors que les partis politiques représentent théoriquement la liberté, la participation citoyenne et concourent, comme le dit la Constitution, à l’exercice de la démocratie.

 

Pourtant, ce sondage n’a rien de surprenant. Il est même tout à fait logique.

En effet, dans un pays en proie à une crise économique dans la durée et au doute quant à son avenir, il est naturel que les armées apparaissent comme un repère identitaire et le dernier rempart à la sauvegarde de notre modèle de civilisation qu’elle promeut et défend au quatre coins de la planète. Ceci est dans la droite ligne du retour de la nation comme seul cadre crédible d’épanouissement de la démocratie et de protection des citoyens. Nos hommes politiques semblent l’avoir compris après avoir majoritairement tenté de ringardiser les valeurs nationales, coupables d’être un frein à la construction d’une Europe politique, voire à l’émergence de « citoyens du monde ». Même Jean-Luc Mélenchon affiche nos trois couleurs et va jusqu’à employer le terme de patrie, tabou il y a encore peu, même à droite. Des années 80 aux années 2000, ils ont cependant créé un vide comblé par un essor des infra-identités, notamment spirituelles. Comment peut-on se plaindre aujourd’hui du retour du religieux prophétisé par Malraux alors que notre laïcité est adossée à un catéchisme républicain qui n’est plus guère professé aujourd’hui dans un système éducatif davantage anational que national ? Tout peuple a besoin d’espérance et de valeurs transcendantes. Cela passe par la foi dans une religion d’Etat ou… dans un Etat.

 

En dehors de déclarations, cette confiance des jeunes dans leurs armées s’illustre également par la capacité de ces dernières à honorer quantitativement et qualitativement leurs besoins colossaux en recrutement. Elles sont les seules dans ce cas en Occident. En effet, elles doivent (Gendarmerie incluse) renouveler 30 000 postes/an. Si elles veulent maintenir un taux de sélection moyen de 3/1 (8 candidats pour un poste d’officier, 4 candidats pour un poste de sous-officier et 2 pour un poste d’engagé), elles doivent faire franchir les portes de leurs centres de recrutement à près de 100 000 jeunes par an, soit 1/8 d’une classe d’âge ! Si on prend en compte le fait que ces métiers spécifiques attirent majoritairement les garçons, nous obtenons 1/4 -1/5 d’une classe d’âge masculine qui contacte un centre de recrutement ! Contrairement à toute attente, les pertes en Afghanistan, notamment en août 2008, n’ont pas tari le flot de candidats mais l’a augmenté. Seul changement : ces mêmes candidats sont plus souvent accompagnés par leurs parents…Qui a dit que notre jeunesse était totalement hédoniste et individualiste ? Elle est en fait en quête de sens ! Elle souhaite s’incarner dans un projet collectif que notre école républicaine et nos élites peinent à (re)définir.

Le seul bémol au niveau du recrutement est le relatif peu de prestige de la carrière militaire chez les classes socioprofessionnelles élevées. Tout se passe comme si l’antimilitarisme populaire avait disparu alors qu’une certaine condescendance des « élites » s’était développée chez des générations qui n’ont pas connu les conflits de masse du XXe siècle. Pourtant, dans l’Histoire, les plus grands dirigeants occidentaux ont bénéficié d’une solide expérience militaire (Washington, Churchill, de Gaulle, Eisenhower,…).

Sur cet aspect, il est d’ailleurs paradoxal que l’Ecole polytechnique, dont les ¾ des élèves rejoignent le secteur privé, ait gardé un service national de 8 mois transformé en stage de formation humaine visant à provoquer chez ces futurs décideurs « une triple rupture géographique, sociologique et intellectuelle avec l'univers des classes préparatoires ou de l'université ». A quant un service national au programme de l’ENA ? Apprendre la rusticité, l’humilité au milieu d’une troupe à l’image de notre diversité sociologique actuelle ne serait pas totalement dénué de sens pour qui prétend, à terme, promouvoir l’intérêt général, voire conduire la nation. Il s’agit de développer non une élite de statut mais de susciter une élite « comportementale », c’est-à-dire une élite de l’action et de l’engagement.

 

Pour autant, les militaires, si prompts à défendre la patrie et les intérêts de la nation, peuvent-ils participer à la refondation de notre démocratie ?  Ils ont certes les qualités morales requises, mais sont cantonnés au rôle (frustrant) de spectateurs de part leur devoir de réserve leur interdisant même d’adhérer à un mouvement politique. C’est pourquoi il faut espérer que nombre d’entre eux, quittant le service actif, irrigueront les sphères politiques et économiques comme chez nos amis anglo-saxons. Pour autant, il est vrai que le réflexe collectif et intérêt général du cadre militaire le prépare peu à gravir les échelons des partis politiques, tant il faut faire preuve de la plus individualiste des ambitions pour y progresser. Sans le séisme de 1940, soyez sûr que le général de Gaulle n’aurait jamais pu percer et faire une grande carrière politique…

 

Patrice HUIBAN.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelles récentes
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